Et pourtant elle tourne

Par Le Mamelouk

Saviez-vous que la terre était ronde ? Moi-même, je ne l’ai appris qu’hier. Quel choc.
Comment font les chinois pour vivre la tête en bas ? Heureusement, And Yet It Moves est là !

Dessine-moi un thon mou

And Yet It Moves est un petit jeu au concept fort simple : vous dirigez un personnage en papier qui doit parcourir différents niveaux pour atteindre la feuille de laquelle il s’est détaché. Jusque-là, rien de bien original, vous pouvez courir et sauter avec Z, Q et D. Mais la spécificité de ce jeu, là où réside le réel intérêt, c’est la possibilité de faire pivoter le monde autour d’un axe central, votre personnage : vous pouvez, avec le pavé directionnel, faire tourner le monde de 90° dans le sens voulu, et même le retourner complètement (donc le tourner de 180°, félicitation aux ingénieurs mathématiciens qui ont trouvé tout seuls).

Ce qui peut paraître simple au premier abord se révèle assez délicat une fois embarqué. Lorsque vous appuyez sur une flèche pour faire pivoter le niveau, votre personnage conserve son élan. Ainsi, en plein milieu d’un saut, vous avez la possibilité de faire tourner l’environnement autour de votre perso tandis que lui restera immobile. Le problème, c’est qu’il y a un problème (sinon ce serait pas drôle). Si l’on en croit ce cher Isaac Newton – l’histoire de la pomme dans le jardin originel, quelque chose comme ça – un objet en chute libre accélère, ce qui fait que plus la chute est longue, plus la réception est douloureuse. D’ailleurs, quand j’entends les chutes des vannes des présentateurs radio, je me dis que mon poste doit souffrir atrocement à la réception. Ici donc, nous ne sommes pas dans Portal, et notre personnage n’aura pas d’autre choix s’il choit que de se déchirer. Il ne faut pas oublier qu’il est papier et pas en mousse, notre petit bonhomme ! Cependant, lors de Maison du Café et surtout d’un pivotement, votre morceau de papier va subir l’accélération de pesanteur tout en restant immobile, le temps d’amener le monde dans l’orientation voulu. De fait, vous n’avez pas la possibilité de réfléchir trop longtemps lorsque vous tournez le monde, sous peine de voir M.Canson s’écraser sur le sol (ou le plafond, ou encore le mur, on s’y paumerait) ; il faut agir rapidement, c’est là l’un des plus gros défis de ce jeu.

En effet, on ne peut pas dire que les énigmes rencontrées soient très compliquées. La plupart du temps, il suffit d’amener certains éléments (des pierres, Paul ou Jacques) vers un point pour ouvrir la voie, se basant un peu sur le système du labyrinthe à bille. Rien de bien folichon, si ce n’est la dextérité requise pour y parvenir sans trop de casse.

Ajoutez à cela la présence régulière d’un crayonné à votre effigie faisant office de checkpoint, et vous indiquant la direction du chemin à suivre pour continuer. Même si du coup la difficulté en prend un, de coup, ces points de passage sont toutefois la bienvenue, puisqu’il arrive souvent de subir des morts à répétition sur des passages plus ardus que d’autres.

Voilà pour les généralités, plongeons-nous à présent plus profondément dans le papelard.

Pas d'idée de texte pour cette image

Pierre, feuille, ciseaux

Le héros de ce jeu n’est pas le seul à être constitué de pâte de fibres végétales. Le monde dans lequel il évolue est lui aussi composé de bouts de papier déchirés et de morceaux de photos. La raison première, avouée par les développeurs, est due à l’absence d’un artiste spécialisé chez les membres de l’équipe. Au lieu de faire des graphismes tout pourraves avec de la 3D moche comme dans WoW, ils ont préféré utiliser des découpages et présenter tout ça sous la forme d’un grand collage. Et il faut bien dire que le résultat est très sympathique, avec des plans distincts, et une profondeur visible. Certaines zones ne sont recouvertes par aucune feuille de papier froissé, et apparaissent donc noires : à cet endroit, le papier n’a pas pied (c’est la mer noire ?). Toucher l’une de ces zones est synonyme de chute dans le vide, accompagnée par un magnifique bruitage à la bouche.

DJ scratch aux platines

Parce qu’une autre originalité de ce jeu réside dans les nombreux sons et accompagnements musicaux bruités à la bouche ! Entre le SPROTCH lorsque le perso s’écrase, le sifflement quand il tombe dans le vide, les éclairs, les singes et j’en passe (Jean est un habitué, il passe souvent par-là), l’ambiance sonore apporte une plus-value énorme à ce jeu. L’idée est juste géniale ! Imaginez un peu, si lors d’une mission de GTA, un texte venait à s’afficher sur l’écran : « Pour des raisons de budget (ou de grève si vous voulez prendre un exemple avec un jeu français), cette mission sera intégralement bruitée avec la bouche. » S’ensuivrait alors quelques minutes de pur bonheur avec les développeurs qui se lâcheraient complètement : « Eh toi, file-moi ta caisse ! BENG, CLAP, VROOOAAAA, Vous êtes sur Flash FM ! 99 Luftballons Auf ihrem Weg zum Horizont HUI HUI HUI Police, arrêtez-vous ! BAM BAM TAKAKAKAKA IIIIIII *SPROTCH*« . Un jeu qui offre un truc pareil, j’achète tout de suite. Mais revenons-en à And Yet It Moves.

On se fait chier là, non ?

La première partie se passe ‘en intérieur’, et je dois dire que je n’ai pas fait très attention aux différentes textures, essayant plutôt de me concentrer sur la découverte de la jouabilité originale, les premiers niveaux ayant de toute façon pour objectif l’apprentissage de la technique. On commence vraiment à ouvrir les yeux dans la deuxième partie, la jungle. Les environnements sont plus ouverts, la caméra s’éloigne de temps à autre, lorsque l’action le requiert.

OOOHLIOHLIOOOOHH

Malgré les jolies fleurs et la verdure, l’ennui commence à poindre durant ces niveaux. La faute peut-être à des actions assez répétitives, à des hurlements de singes qui ont fini par me porter sur le système, j’en étais presque venu à la conclusion que And Yet It Moves était un jeu sympa, avec de bonnes idées, mais sans plus.
Et puis, on avance tant bien que mal, on découvre de nouvelles choses intéressantes comme le feu, on se souvient que notre perso est en papier quand il commence à cramer à la première étincelle qui se pointe. L’intérêt remonte un brin, et on espère trouver encore mieux le niveau suivant.

Du papier mâché au papier cadeau

Et c’est là que l’on se dit qu’on a bien fait de persévérer. Suite à un évènement inattendu, v’là t’y pas que l’environnement se met à se mouvoir. Et enfin, le défi est là ! Sonnez trombours résonnez tampettes ! Nous voilà face à un jeu de plateforme digne de Milla Jovovich, avec des mécanismes demandant une certaine habileté. Et pour continuer sur sa lancée, nous attaquons ensuite la dernière partie qui se révèlera de loin la meilleure.

Mais c'est psychédélique !

Mais… mais… c’est de la couleur ! Les graphismes chatoyants de ces niveaux font passer les premiers pour du vulgaire papier recyclé. On en prend plein la rétine, et on ne peut rester indifférent devant ce choix graphique : soit on accroche, soit on raccroche. Parce que ce n’est pas forcément au goût de tout le monde ; moi ça me fait beaucoup penser au tuning espagnol, pas vous ? Ah, on me signale que les développeurs sont des étudiants autrichiens, au temps pour moi.
En plus de ces graphismes sortis d’un kaléidoscope, le gameplay gagne lui aussi en intérêt. Les énigmes demandent un peu plus de jugeote, les mécanismes utilisent plus souvent la fonction de pivotement (comme des blocs qui n’apparaissent que dans un sens précis), sans compter les passages soutenus par une musique (à la bouche) du plus bel effet. Je dirai que cette dernière partie représente à elle seule le plus gros intérêt du jeu.

La durée de vie quant à elle reste faible : comptez 3 heures. Toutefois, le jeu vous propose un mode contre-la-montre, avec accès à un classement online et la possibilité de voir les fantômes des autres joueurs. Comme dans Mirror’s Edge, quoi.
Et toujours par rapport à la durée de vie, il est à noter la présence d’achievements (16 au total), intégrés au jeu, c’est à dire sans avoir besoin de passer par Steam. Pour les plus acharnés d’entre vous.

C'est zouliii

Pour conclure, And Yet It Moves est une bonne petite surprise. La prise en main devient vite assez intuitive, passé les premiers niveaux où pivoter dans le mauvais sens est monnaie courante. Il vaut mieux d’ailleurs éviter de trop réfléchir et jouer à l’instinct, sous peine de penser que les touches devraient être inversées. Tout du moins, c’est comme ça que je l’ai ressenti.

Les crédits m’ont rappeler Flow d’une certaine manière : j’aime beaucoup l’idée de « participer » lors des crédits de fin, on se sent plus impliqué, comme si on faisait partie intégrante de l’aventure. Un point en plus, c’est toujours ça que les moches n’auront pas.

Le jeu est disponible sur Steam pour 13€ (ou encore Greenhouse et GamersGate), ou en version DRM Free sur le site officiel pour le même prix (petite anecdote à ce propos, voir à la fin de l’article). La question est, vaut-il son prix ? Pour 9,30€, je dirai oui. Après, pour 13€, je vous conseillerai d’acheter d’abord Braid, qui a une durée de vie plus conséquente et qui propose une véritable intrigue. Et puis Braid, c’est juste génial, quoi. Mais n’hésitez pas à essayer la démo, qui propose les 2 premiers environnements et vous donnera un bon aperçu (tout en sachant que la suite est beaucoup mieux, vous l’aurez compris si vous avez lu le pâté de campagne au-dessus).

You gonna get raped

[Anecdote, ou l’art d’honorer les Européens par derrière]

Lorsque AYIM est sorti début avril, une information sur le site officiel proposait de s’inscrire à leur newsletter pour bénéficier d’une version DRM Free disponible vers les 23 avril, et ce avec 20% de réduction. Ni une ni deuze, je m’inscris, c’est toujours ça de pris (et je ne suis pas pressé). Vient le 25 avril, réception d’un mail m’indiquant que le jeu sans protection merdique est enfin disponible. Quand alors je me rends sur la page en question, que vois-je ? Une case demandant de choisir entre les euros et les dollars. Je les vois venir… Prix normal : 14,99$ ou 12,99€. Je prends ma calculette et le cours du dollar : 14,99$ = 11€ ; bon, ça doit être la TVA…
C’est sans compter ma réduction : le prix est alors de 11,99$ ou 10,39€. Conversion rapide : 11,99$ font 9,30€, ça fait plus d’un euro d’écart, quand même. Tiens, on peut payer par Paypal ! Et ça fait quoi si je coche Dollar plutôt qu’Euro ? Prenons le risque. La transaction se passe, la facture indique 11,99$. Va-t-on me rajouter la fameuse TVA ? Quelques jours plus tard, relevé de compte : je n’ai été débité que de 9,30€. Ca veut dire que le couillon, pardon, l’honnête gens qui a coché Euro a payé 1€ de plus pour rien. Vive l’UE !
(s’il s’agit d’un oubli de fonctionnalité et que ce sont les développeurs qui du coup vont payer la TVA manquante, je m’excuse – rapidement – auprès d’eux, mais il faut nous comprendre, on en a marre de raquer comme des blaireaux)

Où est Charlie ?

Tags : , , , ,

6 réponses à “Et pourtant elle tourne”

  1. #1

    BuzzerMan dit :

    Wah, t’écrits bien… Je suis trop en admiration…
    En tout cas, je note aussi ce jeu pour une après-m’ où je sais pas à quoi jouer !

    Et dis, tu nous parleras de Braid ?

  2. #2

    Le Mamelouk dit :

    Merci 😉

    Pour Braid, la vérité c’est que j’ai compris le message du jeu seulement après avoir lu certaines explications sur un forum, je suis un peu passé à côté… Donc mon avis serait surtout sur l’ambiance ou ce que j’ai aimé dans le jeu, mais j’ai déjà lu des articles beaucoup plus intéressants qui apportent de très bonnes hypothèses et un certain regard sur tout ça, beaucoup mieux que ce que je pourrais faire.
    Enfin bon, on verra, mais il faudrait que je le refasse une fois.

  3. #3

    mourf dit :

    Très bon article, bien écrit, plein d’humour même très lourd parfois ^^

    Le jeu est sympa, j’ai joué à la démo il y a peu, c’est vrai que c’est agréable, maintenant le problème de cette démo comme tu le dis, c’est que c’est surtout la suite qui doit être bien, mais qu’arrivé à la fin de la démo, on ne sais pas vraiment si l’on veut continuer, redondance & cie.

  4. #4

    Le Mamelouk dit :

    En effet, ils ont voulu garder la surprise des niveaux suivants (parce que pour un surprise, c’en est une !), c’était un risque à prendre de leur part.

    Peut-être qu’ils comptaient beaucoup plus sur le bouche à oreille, ça a très bien fonctionné pour Braid ou World of Goo, mais un peu moins sur celui-là apparemment. Cela dit, je dis ça sans aucun chiffre, je suis peut-être à côté de la plaque.

  5. #5

    BuzzerMan dit :

    Je suis passé à la caisse il y a deux semaines et je ne le regrette pas ! En fait, le jeu a profité d’une baisse de prix, on le trouve maintenant à 8€ un peu partout, notament sur Impulse. Et là je pense que ça vaut beaucoup plus le coup.
    Je me permets un commentaire un peu long, j’ai pensé à faire un article mais j’ai pas assez de chose à dire, tu décrits le jeu parfaitement. Tout d’abord, ce qui fâche : qu’est-ce que c’est court ! Même en arrêtant un peu vite, j’ai eu l’impression de finir bien trop vite l’aventure ! Certes, on peut y revenir pour complêter les achievements et les chronos mais je suis pas sûr d’être tenté, t’as tout complêté et fait quelques temps toi ?
    Le reste, c’est tout positif, c’est trèèès joli, le parti pris graphique m’a beaucoup plu, même dans la forêt ! Ensuite le gameplay se renouvelle sans arrêt pour notre plus grand plaisir. Tu as parlé du feu qui est très bien intégré, moi j’ai adoré le niveau avec la pluie qui rend assez bien, celui où tout se met à bouger quand on est empoisonné, les passages bien prise de tête avec les plateformes qui disparraissent au son d’une sorte de musique beatbox et enfin quand on doit manipuler les deux personnages dans des tableaux non symétriques. Bon c’est sûr que là, j’ai parlé d’un peu tout mais c’est tellement agréable qu’y jouer n’a rien à voir avec cette énumération ! Et les bruitagess !… Tout est dit dans ton passage avec GTA !
    Bref, je le conseille aussi vivement que toi ! Merci de m’avoir convaincu (t’es pas tout seul, Potoman Pujade t’a aidé :p) à profiter de ce petit instant de plateforme des plus agréable ;).

  6. #6

    Le Mamelouk dit :

    Non, j’ai pas cherché à faire les achievements, et j’ai testé un seul niveau en chrono, le dernier je crois, parce qu’il n’est pas présent dans le jeu si mes souvenirs sont bons. Après, les chronos ça ne m’attire pas plus que ça, un peu comme la tour dans Zeno Clash. Je suis plus intéressé par les les chronos dans Mirror’s Edge 😀