Bonjour, vous venez pour un prêt ?

Par BuzzerMan
Couverture

C’est l’histoire d’un gars qui va acheter son T.18 de Full Metal Alchimist à la grande surface de Paray-le-monial il y a six mois, qui évidemment ne le trouve pas (charolais oblige…) et qui, du coup, se rabat sur autre chose, un one-shot de préférence, évitons d’acheter 10 tomes. Tiens, elle est jolie cette couverture avec personnage noir sur fond blanc. Bon ça a l’air d’être un seul tome, c’est plutôt bien dessiné… Allez, on prend !

Evidemment, ce gars c’est moi. A la lecture du début, je me rends bien compte qu’il y a un problème…. Une petite recherche sur le net m’apprend que Ushijima, l’usurier de l’ombre est un seinen de 10 tomes de Shôhei Manabe et que j’ai dans les mains le huitième. Ah oui, il y a bien un symbole qui peut ressembler à un huit sur cette couverture… Tant pis, je suis bon pour acheter les premiers, mon envie de manga du jour n’a pas été rassasié. C’est donc ces derniers jours que je suis tombé sur le premier tome tout aussi classe niveau présentation. Je note quand même la pastille « Pour public averti » au dos, tout va bien j’en ai vu d’autres. D’autres, certes, mais là j’ai quand même été très remué !

PageUshijima est un yamikin, un prêteur hors-la-loi qui traite avec ceux dont les banques ne veulent plus parce qu’ils sont déjà endettés jusqu’au cuir chevelu et leur compte en banque bat des records dans les négatifs. Alléchés par une publicité plutôt mensongère, ils se rendent dans un bureau de prêt où une jolie hôtesse les accueille d’un aguicheur « Bonjour, vous venez pour un prêt ? ». Ils arrivent avec leur histoire (la « passion » du jeu, l’apparence à tout prix…) et veulent soi-disant s’en sortir. Le malfrat leur fournit une certaine somme sans date butoir pour le remboursement mais avec 50% d’intérêt tous les dix jours, oui rien que ça ! Même si ça sent l’arnaque à plein nez, l’offre semble la seule solution pour de tels désespérés. Le remède est bien sûr pire que le mal, l’engrenage s’enclenche et les malheureux que l’on suit s’enfoncent encore plus avec aucun espoir de s’en sortir ce coup-ci. Sauf, peut-être, en se faisant de l’argent autrement, je vous laisse imaginer ce qui est proposé aux femmes… Petite aparté pour les curieux (les autres, passez au paragraphe suivant) : en France, dans de tels cas, il me semble que la Justice s’en mêle et place les personnes endettées sous tutelle, la gestion de leur revenu est alors accordée à leur famille ou à une association dont c’est la fonction, selon les cas. Je suis sans doute naïf mais je crois que notre système doit permettre d’éviter ces bandits-là, tout du moins de protéger un peu les gens les plus fragiles… Apparemment, au Japon, ça ne doit pas exister.

L’histoire commence plutôt soft, elle commence avec l’arrivée un nouveau collaborateur qui est accueilli par le chef, on lui explique les règles de l’agence, les sources de revenu facile, les pourcentages qui vont bien, les chiffres qui tuent, on s’en prend un peu plein la tête pendant les premières pages jusqu’à suivre les malheurs d’une jeune maman accro au jeu. La suite de ce premier tome alterne la gestion propre de l’affaire et la vie misérable des clients. C’est sur ce dernier point que j’ai perdu un peu de l’innocence qu’il me restait lorsque l’on assiste à la déchéance d’une jeune employée. Endettée en s’achetant des fringues et en payant des restos, elle veut à tout prix faire bonne figure devant ses collègues, des Office Lady qui ne se font pas de cadeau. La conclusion de cet arc m’a fait reposer le livre quelques instants pour l’encaisser… Finalement, je suis peut-être une petite nature mais là j’ai trouvé que la pastille « Public averti » n’est pas volée !

Alors c’est sûr, ce premier tome m’a touché, pas forcément dans le bon sens du terme mais j’ai envie d’en avoir plus, sûrement par sadisme ou je ne sais quel désir morbide. Le premier d’une série est toujours celui qui va nous faire acheter ou pas la suite, là c’est réussi pour moi. Je ne vous le conseil par forcément si vous êtes sensible et j’essayerais d’en reparler dans quelques tomes. Oh et un mot sur le dessin (quand même, on parle de manga là) : le trait est plutôt précis, les visages sont torturés et respirent la peine, le désespoir suinte à chaque fois qu’un client doit rembourser ses ajournements et qu’évidemment ses poches sont vides. Bref, le graphisme s’adapte très bien à l’histoire, il est très adulte et sert le scénario de manière crue et froide. Comme pour le prêteur par rapport à ses clients, aucune pitié n’est accordée au lecteur, et c’est tant mieux !

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Une réponse à “Bonjour, vous venez pour un prêt ?”

  1. #1

    Mymy dit :

    Bon, tu avais déjà aiguisé ma curiosité en m’en parlant, et ton article n’a fait que me donner davantage envie de lire Ushijima… peut-être un cadeau à moi-même cet été du coup!

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