Sans parler du chien

Par Le Mamelouk
Couverture

Le voyage dans le temps est un thème passionnant, néanmoins assez délicat à traiter. C’est pourquoi j’ai le plus profond respect pour les auteurs et scénaristes qui parviennent à écrire des histoires cohérentes à base de voyageurs temporels. Connie Willis, auteur de Sans parler du chien, fait partie de ceux-là. Envie de découvrir sa vision des choses ?

Nous sommes en 2057. Le voyage dans le temps à été découvert au début du XXIe siècle, mais les financeurs du projet l’abandonnèrent très vite lorsqu’ils découvrir qu’il était impossible d’en tirer un quelconque bénéfice : en effet, il s’est avéré impossible de rapporter des objets du passé dans le présent. Par conséquent, la technique du voyage temporel n’est plus utilisée que par les historiens. Quelles meilleures archives que le passé lui-même ?

Pour financer leurs expéditions, les historiens vont alors recevoir l’aide d’une riche mécène, Lady Schrapnell, dont le but est de reconstruire la cathédrale de Coventry à l’identique avant sa destruction par un raid aérien nazi en 1940. Pendant que les historiens vont récupérer des informations sur la cathédrale dans le passé, l’historienne Verity Kindle sauve un chat de l’époque victorienne et parvient à le ramener en 2057. Pour éviter un paradoxe temporel qui pourrait changer le cours de l’histoire, Ned Henry est envoyé en 1888 pour tenter de réparer les dégâts. Mais jouer avec le temps peut avoir des incidences fâcheuses…

Connie Willis, à l’instar d’autres auteurs comme Nagaru Tanigawa (appelons ça du prosélytisme), possède sa propre vision du continuum espace-temps : il s’agirait ici d’un système chaotique ayant la capacité de s’autoréguler. Pour faire simple, théorie du chaos -> effet papillon (si vous voulez creuser le sujet, libre à vous, c’est assez compliqué, mais toutefois fort intéressant). C’est-à-dire que ce genre de système est très sensible aux conditions initiales : une seule modification (même infime) de celles-ci sera rapidement amplifiée pour aboutir à des changements majeurs. C’est ce principe qui est illustré par la métaphore : le battement d’ailes d’un papillon au Brésil provoque-t-il une tornade au Texas ?

De cette façon, pour éviter que les historiens ne déclenchent des suites d’évènements pouvant modifier de façon drastique le cours de l’histoire, le continuum va se protéger à l’aide de différents moyens, tels que l’augmentation des coïncidences, le décalage des sauts temporels, ou encore le blocage pur et simple des sauts aux alentours des grands évènements historiques (comme par exemple la bataille de Waterloo).
L’auteur va donc plutôt jouer avec ces autocorrections qu’avec les paradoxes temporels, contrairement à de nombreuses autres œuvres, même s’ils sont parfois mentionnés.

Finissons-en là pour le concept, j’en vois qui tournent de l’œil. La physique, ça peut être passionnant, si toutefois l’on n’a pas été traumatisé lors de sa scolarité… Lisez Asimov pour réapprendre à aimer la physique-chimie !

Connie Willis nous offre un récit captivant qui prend parfois des airs de roman policier, à la manière d’un Agatha Christie ou d’un Conan Doyle, dont les personnages n’hésitent pas à faire référence. Car il est vrai que ce livre fourmille de références, qu’elles soient littéraires ou historiques. Le titre du livre est d’ailleurs un hommage à Trois hommes dans un bateau (sans parler du chien) de Jerome K. Jerome, publié en 1889, dont l’auteur fera même une courte apparition dans ce roman, à l’époque victorienne bien entendu.

Les personnages évoquent très – voire trop – souvent des passages de livres qu’ils ont pu lire, mais font aussi beaucoup référence à des évènements historiques. Parce qu’ils sont historiens, sans doute, mais aussi grâce à d’autres personnages du XIXe qui passent leur temps à refaire le monde. Vous n’avez pas besoin non plus de ressortir vos cours d’Histoire, toutes ces références ne sont là que pour appuyer certains faits, elles ne sont pas vitales pour la compréhension du bouquin. Cela dit, si vous êtes calé sur Napoléon, vous prendrez sûrement plus de plaisir.

L’humour tient une place prépondérante, et nous avons droit à des situations hilarantes, grâce à des personnages hauts en couleur parfois complètement déphasés. Le rythme du récit joue beaucoup, celui-ci s’accélérant parfois pour donner des suites de péripéties dignes d’une pièce de théâtre. Des passages comme la brocante ou la soirée invocation d’esprits sont irrésistibles.

Ajoutez à cela un langage propre à l’époque victorienne, du comique de répétition ainsi que des criolets (petits cris poussés par les dames de l’époque), et vous obtenez un livre passionnant et bien rythmé, que je conseille vivement à tout le monde.

Titre original : To say nothing of the dog (1997)
576 pages, 8€, aux éditions J’ai Lu

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4 réponses à “Sans parler du chien”

  1. #1

    mourf dit :

    C’est un plaisir de lire ce résumé, ça n’en donne que plus envie de lire le livre, justement actuellement je ne savais plus trop quoi lire, je crois que la fnac va me voir passer.

  2. #2

    Le Mamelouk dit :

    Ravi de l’entendre !

  3. #3

    mourf dit :

    acheté, la femme du rayon avait l’air de bien connaitre et m’en a dit beaucoup de bien également, on verra le résultat 🙂

  4. #4

    Le Grand Livre | Entrequote charolaise dit :

    […] Sans parler du chien, une petite perle se déroulant dans le même univers, Connie Willis avait déjà exploré le […]

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