Beetle Art, excursion en Terre future

Par BuzzerMan

Couverture de Pixel Juice

Je galère sur cette introduction depuis un quart d’heure, pas facile de présenter un nouveau genre d’œuvre… En l’occurrence ici, un recueil de nouvelles de science-fiction de Jeff Noon très loufoque et délicatement délicieux. Ah, j’oublie le titre du livre : Pixel Juice, ça sent bon le cyberpunk hein ? [Note du Mamelouk : Yabon banania !]

Et oui, pas facile ici d’enchaîner en expliquant rapidement l’histoire puisque chaque nouvelle est très différente de ses colocatrices (à la différence des Robots d’Asimov par exemple). C’est d’ailleurs une des grandes forces de cet assemblage : que ce soit au niveau du format (paroles de chanson, annonce publicitaire), de la taille (d’une page à une vingtaine), du style (sujet de recherche, récit), du contexte (futuriste, actuel), de la narration (omniscient, interne), chaque texte a son caractère même si certains éléments sont communs à plusieurs. On retrouve par exemple la ville de Manchester dont l’auteur est originaire et qui sert très souvent de cadre aux récits, ou une nouvelle drogue qui, sous la forme de plumes, est source d’hallucinations et autres joyeusetés.

Je ne résiste toutefois pas à en présenter quelques-unes parmi les plus longues : dans Sur un Nuage, l’auteur nous place dans la peau de Muldoon, une flicomm, une division spéciale de la maréchaussée chargée de protéger la populace des publicités interdites qui ravagent le cerveau en agissant directement sur le libre-arbitre des spectateurs, rien que ça. Certaines sont presque inoffensives, donnant incroyablement envie d’aller acheter le produit montré ; d’autres, plus dangereuses, ressemblent plus à des actes terroristes et peuvent imposer un comportement suicidaire par exemple. L’ancien partenaire de Muldoon en a fait les frais sans que son émetteur n’ait été arrêté. Difficile d’en dire plus sans dévoiler l’intrigue mais la flicomm risque d’avoir de nouveaux soucis avec la vidéo qu’elle a déjà croisée…

Dans un tout autre registre, Alphabox nous propose, en plusieurs nouvelles, l’incroyable rencontre entre une jeune libraire et un curieux livreur de… de quoi déjà ? Ah ah !… Dans la limousine d’une rock star est le compte-rendu de la reconstitution du meurtre inexpliqué de Lucas Novum, ancienne rock star de son état, vous l’aurez compris. Mac ! : le jeu fourni des fragments de règles retrouvés dans un musée d’un jeu qui date de 1997 et permet de prendre la peau d’un mac, d’une péripapéti-prostipute ou d’un flic. [NdM : celle-ci m’avait bien fait rire, ce jeu devrait être produit !] Creeping Zero qui est le journal d’une nouvelle recrue d’une équipe de chasseur, mais qui chasse quoi ? Enfin, Mini Mac raconte l’incroyable histoire d’un mac entré dans la profession à dix ans, ça fait rêver hein ?

Après cette énumération, vous comprendrez que le grand n’importe-quoi croise la triste réalité de la rue légèrement fantastique ; que la drogue autant que le saykse (dégage Google) sont des thèmes récurrents, surtout dans la première partie pour ce dernier thème… D’ailleurs, j’y viens : les nouvelles sont regroupées en quatre parties avec des sujets plus ou moins semblables. Dans les deux premières, les allusions au sexe (bon allez, reviens…) y sont beaucoup plus présentes, je pense que cela peut gêner un peu mais ça reste correct.

Bref, un recueil qui m’a beaucoup plu grâce à sa grande diversité, même si quelques nouvelles un brin trop délirantes m’ont laissées de marbre. [NdM : le reproche que je peux faire, si on peut appeler ça comme ça, se situe dans l’ouverture laissée à la fin de ses nouvelles. Combien de fois je me suis senti frustré de ne pas en savoir plus. Alors certes, on peut transformer ce reproche en disant qu’il s’agit de nouvelles, et que l’auteur laisse ainsi libre cours à l’imagination du lecteur pour trouver une explication aux récits. Mais personnellement, j’ai trouvé qu’il en laissait un tout petit peu trop (juste un peu). Le pire exemple je crois réside dans la nouvelle dont j’ai oublié le nom, où un personnage récupère les objets insolites laissés régulièrement à la porte d’une usine mystérieuse, et essaye de les assembler pour construire des machines encore plus insolites. L’auteur parvient tellement bien à créer ses ambiances qu’à la fin de la nouvelle, j’étais très déçu : parce qu’il n’a pas écrit ce qu’était la machine ultime que le personnage découvre ! Rhaaa ! Et ce n’est pas la seule nouvelle qui m’a fait ce coup. Cependant, cette déception prouve bien que l’auteur a du talent pour créer des histoires passionnantes. Libre à vous, et à moi, de construire cette mystérieuse machine !]

Ne vous laissez pas repoussez par la couverture peut-être un peu simple, l’édition est très agréable, certains textes se permettent même de jouer sur la police pour agrémenter le récit. C’est peut-être un peu cher et je ne suis pas sûr que l’on puisse le trouver en poche un jour, mais techniquement, il ne vaut qu’un tiers de CoD6 et, IMHO, il m’a passionné beaucoup plus longtemps que ce blockbuster ne peut le faire. [NdM : c’est vrai que c’est plus cher qu’un bouquin de poche, mais ça me fait plaisir quelque part de donner de l’argent à La Volte, qui n’hésite pas à publier des auteurs inclassables, et souvent avec succès. Rappelons que ce sont eux qui ont publié La Horde du Contrevent, mais aussi les œuvres de Stéphane Beauverger, qui a remporté cette année aux Utopiales le Grand Prix de l’Imaginaire catégorie Roman Francophone avec Le Déchronologue. Et devinez quoi ? Pixel Juice était lui aussi nominé dans la catégorie Nouvelle étrangère, bien qu’il n’ait pas remporté de prix.]

J’en profite au passage pour remercier son propriétaire de me l’avoir prêté ! [NdM : Ça me fait plaisir !]

Pixel Juice (1998)
314 pages, 20€, aux éditions La Volte

PS : Pardon aux familles pour le début du titre…

Tags : , , , , , ,

3 réponses à “Beetle Art, excursion en Terre future”

  1. #1

    Greg dit :

    Merci pour la découverte ; même si les nouvelles ne sont pas ma tasse de thé, l’ouvrage mérite apparemment d’être salué.

  2. #2

    BuzzerMan dit :

    Mais de rien, c’est un plaisir une fois l’introduction écrite !

    Et tant qu’à faire, je vais répondre au note de Mamelouk, la nouvelle dont tu parles est Crawl Town (facile, j’ai encore ton livre sous la main). J’ai un peu le même sentiment à la fin de cette nouvelle et quelques autres mais je pense que c’était surtout parce que c’était pas possible de décrire la machine créée. Comme tu dis, c’est à chacun de se l’imaginer !

  3. #3

    Pollen | Entrequote charolaise dit :

    […] continuer dans la lignée de nos articles concernant les romans de Jeff Noon, je vous propose de parler de Pollen, paru initialement en 1996 […]

Un commentaire ?