Le monde, tous droits réservés

Par Le Mamelouk

Couverture de Le monde, tous droits réservés Les vacances de Noël, une bonne occasion pour enfin prendre le temps de se poser et de lire ces livres qui s’entassent. Un Gibson, un Damasio ? Mon choix s’est porté dernièrement sur un Ecken. Ou plutôt sur ein Ecken, comme disent nos amis teutons. Voilà, je l’ai placée, je peux désormais parler tranquillement de son recueil de nouvelles intitulé Le monde, tous droits réservés. Eh ouais, je ne me suis pas foulé sur le titre, mais cette vanne a épuisé tout mon génie (sans bouillir).

Ce recueil de Claude Ecken, publié en 2005, a reçu la même année le Grand Prix de l’Imaginaire, catégorie nouvelles. C’est donc à travers 12 nouvelles de longueur variable que nous découvrons des histoires de science-fiction, ou simplement de fiction tout court.

Je commencerai par vous parler de la nouvelle qui a donné son nom au recueil et qui me semble la plus aboutie. C’est très prétentieux de dire ça en fait, disons plutôt qu’il s’agit de ma préférée. Ah bah non, ma préférée j’en parle à la fin. Disons que c’est une nouvelle qu’elle est bien.

Dans Le monde, tous droits réservés donc, Claude Ecken part du constat de la situation de la presse d’aujourd’hui, et imagine ce qu’elle pourrait être dans un futur proche. Il fait d’ailleurs à ce sujet une analyse de la situation actuelle que je trouve très pertinente, et dont voici un extrait :

Avant la loi 2018, les journaux d’information se répétaient tous. Leur seule spécificité était le filtre politique interprétant les nouvelles selon la tendance de leur parti.Il existait autant d’interprétations que de supports. Le plus souvent, aucun des rédacteurs n’avait vécu l’événement : chacun se contentait des télex adressés par les agences de presse. On confondait journaliste et commentateur. Les trop nombreuses prises de position plaidaient en faveur d’une pluralité des sources mais cet argument perdit du poids à son tour : il y avait ressassement, affadissement et non plus diversité. L’information était banalisée au point d’être dévaluée, répétée en boule à l’image d’un matraquage publicitaire, jusqu’à diluer les événements en une bouillie d’informations qui accompagnait l’individu tout au long de sa journée. Où était la noblesse du métier de journaliste ?

Il parle en outre d’une saturation des informations, qui entraîne une démobilisation des citoyens et mène jusqu’à l’indifférence face à l’information. Je ne sais pas vous, mais c’est à peu près ce que je ressens face à tous ces matraquages médiatiques, la grippe, Johnny, Johnny, la grippe. Je n’ai d’ailleurs plus de télé, et ça ne me manque pas du tout.

L’auteur va alors nous proposer une autre solution, un autre mode de fonctionnement où l’information serait copyrightée. Ainsi, seul le groupe de presse ayant acheté le premier une information détiendrait l’exclusivité de la diffuser, pour une durée de 24h à une semaine selon l’importance de l’info. Imaginez alors les répercussions. Finis les twitters sauvages d’Iraniens en tain de se faire rétamer la gueule, les blogs d’infos merdiques pompées sur d’autres blogs tout aussi merdiques, ou les journaux télévisés exaspérants reprenant tous les mêmes sujets présentés par des poufs, sous peine d’être traînés en justice !

Mais Ecken ne va pas se contenter de nous décrire cette situation, il va plutôt imaginer les conséquences de ce système et tous les problèmes que cela pourrait engendrer. J’ai d’ailleurs un peu retrouvé la démarche d’Asimov et de ses trois lois de la robotique, qu’il met en place pour mieux jouer avec et en trouver les failles.

Ce système de copyright est-il l’avenir de l’information ? Il faudrait en tout cas songer à faire quelque chose, parce que la situation actuelle commence sérieusement à partir n’importe où. La faute à Internet ? Hé, le web 2.0 c’est bien, tenez, prenez Wikipédia ou Twitter ! Si ça c’est pas l’avenir !

L’avenir, ou le futur proche (ou tout du moins le futur possible), c’est un peu le thème que Claude Ecken va reprendre dans L’Unique : sous forme de plaidoirie, nous voyons ici un risque des progrès de la génétique, où l’humanité n’est plus constituée que d’un nombre restreint de caryotypes sélectionnés en fonction de leurs aptitudes. Chaque nouveau né est ainsi prédestiné à faire un métier particulier en fonction de son type de caryotype : les Jean-Jacques seront boulangers, les José platrier-peintre, enfin vous voyez le tableau.

Pour surfer sur les progrès de la science, La dernière mort d’Alexis Wiejack nous montre que la capacité de résurrection n’est peut-être pas une si bonne chose. Avis aux catholiques.

Dans Membres à part entière, l’auteur nous parle de façon originale du handicap et du rejet de la société envers les gens ‘différents’. Assez amusant. Si si, on peut rire du handicap, je vous assure, j’y parviens d’ailleurs très bien. Et notre ami Claude aussi, d’une façon détournée.

Nous avons aussi droit à des nouvelles très courtes, comme Les déracinés, qui n’a pas été écrit par Racine (ouh ouh quelle boutade !) ou La bête du recommencement, qui nous offre une petite leçon de vie.

Pour ceux qui voudraient de la science-fiction plus hard, vous allez être servis. Mais pas directement, en réalité, juste ce qu’il faut pour semer le trouble (et les maux de tête) chez le néophyte. Par exemple, dans Éclats lumineux du disque d’accrétion (rien que le titre, pour commencer…), vous pourrez découvrir un monde divisé en deux, comme cela se fait bien dans toute bonne dystopie du style Métropolis, teinté de Cyberpunk (Victory !) et enrobé de recherches sur les trous noirs.
Si vous avez toujours eu envie de connaître l’origine de ce sentiment de sympathie que vous éprouvez parfois lorsque vous croisez le regard d’un ou d’une inconnue dans la rue (autre que « Non mais mate-moi cette paire de nibars ! »), vous pourrez trouver une explication dans Fantômes d’univers défunts. Nouvelle où les protagonistes, qui ont à peu près tous des QI triplement supérieur au vôtre, causent physique des particules, électromagnétisme et univers parallèles. N’ayant pas le bagage nécessaire pour piger la moitié de leurs discussions, je ne peux malheureusement vous dire si les théories et idées avancées sont correctes ou purement fantaisistes, et ce pour toutes les nouvelles citées dans cette partie. Mais étant plus spécialiste des points noirs que des trous noirs, je pencherais pour la première solution.
Ce thème des univers parallèles est aussi présent dans La fin du Big Bang, un genre de Code Quantum. Nan je déconne, c’est beaucoup mieux que ça.

Enfin, pour finir sur une note plus légère comme la crème Elle & Vire (j’ai des actions chez eux), mon coup de cœur de ce recueil revient à la courte nouvelle En sa tour, Annabelle, une bien belle histoire pour une « belle » maladie, si j’ose dire. Et un beau prénom, aussi.
(Spéciale cacedédi à toutes les Annabelle de Navarre et d’ailleurs)

Vous l’aurez compris, Le monde, tous droits réservés est un livre qui m’aura enjoué. La liste des nouvelles que je vous ai faite n’est pas exhaustive (il en manque deux, c’est pas la mort), et je vous invite à les découvrir, surtout que le titre est bien trouvé.

Ah, et joyeux Noël !

Le monde, tous droits réservés (2005)
400 pages, environ 8€, aux éditions Pocket

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3 réponses à “Le monde, tous droits réservés”

  1. #1

    Des Geeks et des lettres dit :

    Intéressant d’avoir des idées de lecture – donne des idées pour mon blog 🙂

  2. #2

    nicolas dit :

    et allé, ça vole des infos de blog en blog, t’as pas encore lu le livre toi alors 😀

    sinon merci mamelouk, ton dernier livre conseillé était très sympa. Dès que j’aurais fini de lire les livres qu’on va m’offrir pour noël, (et fini zelda sur ds), je le prendrais 😀

  3. #3

    Le Mamelouk dit :

    Heureux que nos articles vous donne des idées de lecture, c’est un peu le but de la manœuvre, et si au final ça plaît, c’est super !

    Je suis toujours ravi de faire découvrir des trucs (et de découvrir moi-même aussi).

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