Dévissez-vous le cou

Par Le Mamelouk

Couverture de Peste « Préparez-vous à ralentir et ouvrez grand les yeux, si vous devez emprunter l’échangeur de Meadows vers l’est, au niveau de Richmond. Tendez le cou, et vous aurez une bonne vue sur un accident mortel impliquant deux véhicules sur la voie de gauche. Le premier est une Plymouth Road Runner 1974 vert d’eau, quadruple carburateur, 6800 cc, V8 en fonte. Intérieur blanc, à l’origine. La conductrice du coupé était une superbe jeune femme de vingt-quatre ans, cheveux blonds méchés vert, victime d’une fracture totale de la colonne vertébrale au niveau de l’articulation atlanto-occipitale, avec section intégrale de la moelle épinière. Autrement dit, le coup du lapin.
Donc préparez-vous à lever le pied. Tina Something, en direct sur radio Graphic Traffic… »

Peste, c’est l’un des derniers romans sortis chez nous de Chuck Palahniuk, le même mec qui a écrit Fight Club. Bon sang, Fight Club, quoi.

Middleton, petite ville de bouseux, où tout le monde se connait. Buster Casey, dit « Rant » grandit au milieu de la cambrousse et des animaux aussi sauvages que dangereux. Pour preuve une morsure d’araignée mortelle, à laquelle pourtant il survivra, contrairement à sa grand-mère qui aura moins de chance. Poison dans ses veines qui devient une véritable drogue, et qui va le pousser à fourrer ses bras dans n’importe quel trou, histoire de se shooter au venin de serpent ou aux morsures de coyote. Rant, c’est un peu la star chez les jeunes de son âge, malgré ses airs de péquenaud. Pour preuve les nombreuses filles de sa classe qu’il a embrassées, en leur filant au passage un petit cadeau. Les MST comme le SIDA c’est has-been, Rant, lui, il file la rage. À force de fourrer ses membres dans chaque trou qu’il croise, rien d’étonnant après tout.

La vie à Middleton, avec Rant, c’est très folklo. Les enfants qui refont l’économie de la ville grâce à la Fée des dents qui leur apporte des pièces anciennes qui coûtent des milliers de dollar en échange de leurs dents de lait. Une fête d’Halloween bien sanglante où le vomi côtoie l’hémoglobine. Une charmante mère qui aime quand les gens prennent leur temps pour manger et déguster la nourriture, et qui pour cela met tout un tas de trucs dans ses plats, en allant des trombones aux graviers en passant par les morceaux de coquilles de noix. Histoire de bien vous forcer à mâcher lentement, sous peine d’y laisser une dent ou carrément la vie.

Mais si la commune de consanguins c’est bien, la vraie ville c’est mieux.

Si la première partie du livre nous fait découvrir la vie de Rant et ses nombreuses anecdotes croustillantes, on enclenche la deuxième avec le départ pour la ville.
Changement d’univers total. La ville est divisée en deux : les diurnes vivent le jour, et laissent place aux nocturnes une fois la nuit tombée. On retrouve là le schéma assez récurrent du monde divisé, entre les gens bien pensants qui vont à la messe, et les dépravés/jeunes/artistes qui ne voient jamais la lumière du jour, même si cette division de la ville a été faite à la base dans une optique pratique. La SF va alors peu à peu s’introduire dans le récit, par petites touches plus ou moins discernables.

Là où l’on retrouve bien l’auteur de Fight Club, c’est dans l’activité préférée de quelques nocturnes : le crashing. Certaines nuits, on annonce la couleur : un signe distinctif à afficher sur sa voiture pour que les participants puissent se reconnaître. Et au coup d’envoi, la partie commence. Le but : défoncer des caisses ou se faire défoncer la sienne. Les gens y voient une pratique de détraqués, mais pour ces nocturnes, il s’agit de s’éloigner du quotidien, de se faire plaisir avec des montées d’adrénaline, de vivre, tout simplement. Mais est-ce l’unique raison ? Ça, ce sera à découvrir…
Comme pour Fight Club, en lisant ce livre, vous n’avez qu’une envie, c’est de prendre votre voiture et d’aller défoncer celle des autres. Vous n’avez jamais ressenti une furieuse envie de vous battre après Fight Club ?

Bien sûr, tout cela n’est qu’un aperçu de ce que contient ce livre. Je ne peux pas trop en révéler, mais ce roman va bien au delà de tout ça.

Pour la forme, « ce livre est rédigé sous forme de biographie orale, ce qui consiste à interviewer une grande diversité de témoins et à compiler leurs déclarations. » L’histoire est donc contée par de nombreuses personnes différentes, découpant ainsi le texte en paragraphes de longueurs variables. Ce découpage et le style d’écriture ‘oral’ en font un récit dynamique dont on a du mal à décrocher.
Seul petit bémol avec la dernière partie du livre où le pourquoi du comment est dévoilé, de façon un peu trop rapide peut-être. Mais ça ne fait qu’accroître le rythme qui nous mène au dénouement et à la compréhension de ce mythe qu’est Rant Casey.

Véritable coup de cœur de ce début d’année 2010, je ne peux que vous conseiller ce bouquin qui en plus vous fera un peu travailler les méninges. Mais même sans ça, qu’est-ce que c’est bon…

Que la peste soit avec ceux qui n’aimeront pas ce livre.

Peste, de Chuck Palahniuk
Titre original : Rant – An oral biography of Buster Casey (2007)
430 pages, environ 8€, collection Folio SF

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Une réponse à “Dévissez-vous le cou”

  1. #1

    BuzzerMan dit :

    Ohoh, je vais décaler mon planning de lecteur (oui j’en ai un…) pour placer celui-là sur le haut de la pile vu mon amour pour Fight Club !

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