English Voodoo

Par Le Mamelouk

Couverture de Vurt En parcourant le site de La Volte, j’avais été fortement attiré par les couvertures des livres de Jeff Noon. Les extraits m’ayant convaincu de sauter le pas, je décidais de plonger dans son univers, en commençant dans l’ordre. C’est donc fidèle à moi-même, c’est-à-dire comme une nouille, que j’avais acheté Pixel Juice, qui s’est avéré être le titre le plus récent dans la liste proposée. Tout est rentré dans l’ordre à présent avec Vurt, son premier roman, paru en 1993. Cela ne nous rajeunit pas.

Une bande de junkies, autoproclamés Chevaliers du Speed, parcourent Manchester à bord d’un van aussi défoncé qu’eux. Leur but : dégotter des plumes capables de les envoyer dans le Vurt, ce monde imaginaire aussi jouissif que dangereux. Scribble, lui, recherche en particulier une plume noire, illégale, l’English Voodoo, afin de retrouver sa sœur coincée dans le Vurt.

J’ai un peu de mal à vous parler de ce livre, que j’ai pourtant beaucoup aimé. J’y ai retrouvé les thèmes de l’auteur découverts dans Pixel Juice, la musique, les plumes, ce Manchester fantasmagorique. Et un style d’écriture très particulier, parfois exigeant, voire même hallucinatoire. Parce qu’il est quelquefois difficile à cerner ; pas de description précise de son Manchester, c’est à nous d’imaginer le monde et son fonctionnement à travers la vie des personnages. Beaucoup de choses restent inexpliquées – comme le fonctionnement du Vurt, cette réalité alternative à laquelle on accède grâce aux plumes –, et c’est en ça que ce livre me rappelle l’œuvre de William Gibson.

Peut-on cependant parler ici de cyberpunk ? De punk en tout cas, certainement. Et c’est peut-être ça qui me plaît tant dans ce genre (non, ce n’est pas un sous-genre !) : ne pas saisir complètement les rouages de l’univers. Ces œuvres, quelque part, me dépassent, mais n’est-ce pas là une des intentions des auteurs ? Les mondes dépeints dans ces livres ne sont-ils pas devenus pourris justement parce que leurs habitants ont été dépassés ? Dépassés par la technologie, par les évènements, par une société qu’ils ne comprennent plus et qu’ils cherchent à fuir dans le cyberspace ou la drogue. Nous ne voyons que très peu les gens ‘ordinaires’ dans ce livre, si ce n’est par glanures. Cet agent de police par exemple, symbole de l’autorité luttant contre les détenteurs de plumes illégales, escortée par ces ‘Ombreflics’, pourrait refléter un État policier, ou bien pire encore. Société de consommation, répression, le choix est laissé à l’appréciation du lecteur, et c’est ce qui fait pour moi une des forces de l’ouvrage. Cette ambiance toujours un peu malsaine, qui m’a tant plu dans les livres de Gibson.

SatchiiLes Ombreflics m’ont d’ailleurs évoqué un autre type d’agent régulateur, ceux qu’on appelle Satchii dans l’anime Dennou Coil. Leur fonction de scan de l’environnement avec leur laser en sont sans doute la cause, et je n’ai pas pu m’empêcher de faire le rapprochement. Même si leur aspect est certainement très différent… Fin de l’aparté.

Ce livre n’est toutefois pas parfait, et je pourrais lui reprocher certaines choses : le côté un peu caricatural du méchant policier, ou encore des amis qui se sacrifient pour la bonne cause du héros. Ça reste malgré tout assez minime et ne gâche pas le plaisir de lecture.

Je vous conseille donc fortement ce livre, édité par La Volte et de très bonne qualité, avec en prime une couverture très chouette.

Et en parlant de La Volte, sachez que ses membres sont les invités d’ActuSF cette semaine, et répondent donc aux questions des visiteurs sur leur forum. Jusqu’à demain vendredi 26 mars en tout cas, donc dépêchez-vous si jamais vous souhaitez des réponses à vos interrogations. Et même s’il est trop tard, vous en apprendrez toujours beaucoup en lisant le sujet, c’est très intéressant. Stéphane Beauverger et Alain Damasio participent également !

Vurt, de Jeff Noon (1993)
384 pages – 22€, éditions La Volte
23×17 cm
Traduit de l’anglais par Marc Voline
Illustration de couverture de Corinne Billon

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Une réponse à “English Voodoo”

  1. #1

    BuzzerMan dit :

    Fini ! Et le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est confus. Attention, ça m’a beaucoup plu mais il m’a manqué quelques éléments de l’histoire une fois la couverture refermée.
    [Attention chérie, ça va spoiler] Par exemple, j’ai pas compris comment Scribble trouve la maison des hommes-chiens où se cache la Chose et Bridget… M’enfin, ça me permettra de le relire.
    [Fin du spoil]
    Et d’ailleurs, les impurs, on met du temps à comprendre ce que c’est. J’ai trouvé que la mécanique de l’auteur pour nous présenter les éléments de son univers que tout un chacun dedans connait est assez astucieuse.

    Enfin, concernant le genre de ce livre, le vendeur de la boutique que je fréquente l’a qualifié de Cyberpunk Onirique, ça sonne bien hein ? Et là ça pourrait être un sous-genre du Cyberpunk, admettons…

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