La Zone du Dehors

Par BuzzerMan

Couverture de l'édition Folio SF

Voilà quelques semaines (ou mois…) maintenant que je suis parvenu à la fin du premier roman d’Alain Damasio (mais si, rappelez-vous, Le Mamelouk a parlé de lui ici !) paru en 1999, ré-édité en 2007 par La Volte suivi d’une sortie en poche chez Folio SF l’an dernier. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne m’a pas laissé indifférent, qu’il pose beaucoup de questions, offre quelques pistes et m’a laissé cogiter sur celles qui n’ont pas trouvé de réponses. Et tout ça sous l’apparence d’un roman de SF vraiment très plaisant se déroulant 70 ans dans le futur. Il faut maintenant que cette bafouille soit à la hauteur de son sujet…

Cerclon Ier, sur un astéroïde autour de Saturne, un couple à peine formé, Captp et Bdcht, fonce à toute allure vers le Dehors, cette zone où l’air n’est pas respirable, où l’apesenteur permet mille galipettes et où se rendre n’est ni autorisé, ni franchement interdit, seulement bizarre… Quand vient le manque d’oxygène, il faut retourner dans cette belle ville bien clean en évitant les caméras de la bordure pour ne surtout pas se faire filer. Captp est professeur d’université, il est aussi l’une des têtes pensantes d’un réseau clandestin appelé La Volte. Leur but précis reste encore à définir, ils veulent principalement ouvrir les yeux à leurs con-citoyens quant à cette démocratie pourrie. La prochaine opération risque de faire mal : pour dénoncer les accès sélectifs à certains lieux publics, la Volte se scinde et les plus violents proposent d’accrocher des lames de rasoir sur les portes automatiques de ces accès, advienne que pourra…

Il est loin Orwell et son régime totalitaire omniprésent, omnipotent qui ne laisse aucune liberté à ses citoyens. Damasio nous décrit ici une démocratie où la répression n’est là qu’en cas de graves problèmes (il y en aura, certes). Sur Cerclon, tout le monde surveille tout le monde, on se doit d’être impeccable parce que l’on est observé sans même le savoir par ses pairs, planqués dans des tours prévues à cet effet. Et évidemment, c’est réciproque.. (Tiens donc, ça me rappelle un truc… Ah mais oui, le travail en open space !)
Couverture de l'édition La Volte Dans cette société où tout est si parfait, La Volte, un groupe d’allumés, se dit qu’il y a quelque chose de pourri, cherche à mettre le doigt dessus et tente d’inciter toute la population à la suivre par diverses actions. Le roman commence justement quand une partie de La Volte souhaite mettre en place des actions plus musclées, avec tout ce que cela implique…
Bien sûr, je résume, je tranche, j’éviscère toutes les descriptions, les pensées et les observations que nous offrent Captp et sa clique. Je me suis retrouvé plusieurs fois à lire des discours dont la portée philosophique dépassait largement mes maigres connaissances sur différents sujets. Ça cite Nietzsche, ça cause de liberté, d’existence, d’identité… Enfin, ça reste léger hein ! Même si je me suis pris une bonne claque page 18 en tombant sur une définition de l’identité qui me sied juste à ravir (que je ne reprendrais pas là, z’avez qu’à lire ;p).

Au niveau de l’écriture, tout est rédigé à la première personne. Le narrateur se promène un peu dans l’équipe mais reste principalement Captp ; on assiste parfois à quelques dialogues complétement « hors champs », ça reste sporadique. Dans la construction, comme dans La Horde du Contrevent, Damasio s’amuse à nous balancer tout ce qu’il a inventé d’un coup avant de nous expliquer petit à petit ces élements. C’est quoi ce Dehors ? Sur Terre, ça se passe comment ? Comment est-on arrivé sur cet astéroïde ? Et, bon sang, pourquoi tout le monde a des noms bizarres ?
En ça, je dirais même que ce roman pose les bases de La Horde. À mon avis, Damasio ne donne pas toutes les pistes au lecteur pour le forcer à réfléchir. Il n’y a rien de plus motivant que d’essayer de mettre en marche le chewing-gum qui me sert de cerveau pour voir où il veut en venir. Du coup, on tâtonne, on cherche ce qu’il a voulu mettre dans son système, on peut par exemple se demander « est-ce une démocratie fantoche ou tout est géré dans l’ombre par une groupuscule ? » avant qu’il nous l’explique en détail et que bien souvent, on soit bluffé ! Et comme l’explication peut venir bien après l’intégration de l’élément en question, on est obligé de se creuser le citron ; sur moi, c’est très efficace !

Est-ce finalement parce que la société contre laquelle Captp se bat est proche de la nôtre que ce livre m’a tant plus ? Est-ce parce l’écriture de Damasio, si particulière, m’a permis de replonger dans ce que j’avais trouvé dans La Horde ? Est-ce, encore une fois, parce que se prendre la tête sur de tels sujets me plaît ? Sans doute un peu de tout ça. Sans doute plus que ça, mais j’ai bien du mal à le formuler.
Bref, voilà un livre que je conseillerai très fortement, même si sa lecture n’est pas évidente. En tout cas, je le relirai sûrement plusieurs fois pour l’apprécier pleinement.

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