Janua Vera

Par BuzzerMan
Couverture de l'édition Les Moutons Electriques

Rappelez-vous, avant l’été, je me désolais de lire un récit de fantasy fade, avec un style assez pauvre, une histoire qui s’étale sur vingt mille tomes sans véritable défi… J’exagère à peine. Et je concluais en me promettant de reprendre Le Seigneur des Anneaux pour me soigner. C’était sans compter Le Mamelouk et ses prêts salvateurs ! Il est donc possible de trouver des histoires passionnantes se déroulant dans un univers medfan sans s’étaler sur 5 volumes, penchons-nous donc sur les nouvelles de Janua Vera du français Jean-Philippe Jaworski (donc pas de traduction et c’est tant mieux). Cependant, le terme ‘nouvelle’ est à prendre au sens large puisque certaines tiendraient facilement dans un petit roman de 200 pages au format poche.

Le recueil commence avec la nouvelle éponyme, où l’on conte l’histoire du grand Roi Leodegar qui après son ascension au trône va voir son règne lui échapper quelque peu. Malgré un niveau d’écriture qui m’a laissé rêveur (pas forcément dans le bon sens du terme), ça n’est pas grâce à cette nouvelle qu’à débuter mon émerveillement mais plutôt en lisant la suivante : Montefellóne. On est embarqué dès la première ligne dans une campagne militaire où un Duc vieillissant tente de prendre une ville au nom de son roi pour une guerre qu’il n’a pas choisi de mener. S’en suivent les descriptions des stratégies à adopter pour la suite de la bataille où le Duc est déchiré entre suivre les avis de son fougueux fils ou de son sénéchal plus prudent…
Après cette nouvelle, j’étais conquis. C’est avec plaisir que j’ai suivi les mésaventures de Benvenuto Gesufal (dans Mauvaise donne) qui nous conte comment il est devenu membre d’une guilde d’assassins aussi réputée que discrète dans la cité de Ciudalia, une réplique des villes italiennes. Puis la vie de la petite Suzelle, de sa rencontre avec un être mystérieux et de la vie simple d’une paysanne lorsqu’elle grandit. Je me suis aussi laissé promener jusqu’à Noant-le-Vieux où il fait bon vivre tant qu’il fait jour et où les filles sont si belles mais qui est aussi connu pour être hanté, d’après ses habitants…

Couverture de l'édition Folio SF Le narrateur change selon les nouvelles mais le style reste très très riche, le vocabulaire est extrêmement diversifié et complet, à tel point que j’aurais dû sortir le dictionnaire régulièrement pour vérifier certaines définitions. C’est vraiment ce qui m’a fait plonger dans les récits et qui me laissait un sourire quand je fermais le livre en restant impressionné par la qualité de l’écriture et bercé par la richesse des histoires. Le résumé de certaines ci-dessus ne leur rend pas hommage et il est bien difficile de le faire tant le style porte les histoires (qui doivent paraître fades une fois dépourvu).

Un autre atout du recueil est le monde dans lequel se déroulent les nouvelles : le Vieux Royaume. On se croirait un peu dans le Quatrième Age de Tolkien (comparaison pas prise au hasard étant donné la richesse du style des deux auteurs) puisque les Elfes, Nains et autres Gobelins laissent la place aux Humains sur le continent où se déroulent les histoires ; la magie n’y est d’ailleurs présente que très discrètement. La mini-bio (au dos) nous informe que Jaworski est auteur de jeu de rôles et ça se sent dans la cohérence du monde qu’il a mis en place. Laissez-moi vous donner un exemple (mais si, enfin ! Je suis là pour ça) : dans une des dernières nouvelles, un maître peintre a peur pour son apprenti parti se perdre dans une plaine hantée où il vivra bien des tourments. Pris comme ça, on pourrait croire que ce lieu vient d’un artifice de l’auteur qui en a besoin pour pousser le dramatique de la situation. Sauf qu’en lisant les annexes, on apprend que de grandes batailles opposant de nombreuses races et encore plus de nations se sont déroulées sur ces terres et qu’elles gardent la trace des sortilèges qui s’y sont déchaînés.
Parce que oui, il y a des annexes ! Et qui sont délicieuses à lire qui plus est. Je ne pensais pas y trouver mon compte mais une fois arrivé à l’ultime page de la dernière nouvelle (à la fin quoi), j’ai pu continuer le voyage grâce à ces quelques pages de comptines, de chartes et de chronologie. C’est bien la première fois que je lis une chronologie avec entrain après la seconde ligne…

Enfin, le texte est servi par une édition somptueuse. C’est la première fois que j’ai un livre des moutons électriques dans les mains et ce fut en soi une expérience très agréable. Bon papier, écrit petit, pas trop lourd, très joliment décoré, pas de bande violet-flash-moche (me crachant à la gueule « je lis de la fantasy/SF, je suis un débile, il me faut un repère en magasin ») comme chez folio. Du très bon boulot ! Et servi par une peinture de Howard Pyle où l’on retrouve les chevaliers que l’on imagine majestueux, la prêtresse de la Vieille Déesse qui aide un troubadour qu’on imagine ayant les traits de l’auteur…

Bref, inutile de dire que je vous le recommande plus que chaudement (même si j’ai mis pas mal de temps à le lire) si vous cherchez des histoires de fantasy misant autant sur la forme que sur le fond et si ouvrir un dictionnaire ne rebute pas. Moi je vais commander l’autre tome de Jaworski qui se déroule dans le Vieux Royaume : Gagner la guerre.

Janua Vera, de Jean-Philippe Jaworski (2007)
415 pages, édition les moutons électrique
26€, épuisé mais réédité en mars 2010
Illustration de couverture de Howard Pyle
(ou à trouver en poche chez FolioSF)

Et bonne année !

Tags : , , , , ,

Une réponse à “Janua Vera”

  1. #1

    Gagner la guerre | Entrequote charolaise dit :

    […] avions suivi son entrée au sein de la Guilde des Chuchoteurs, dans une des nouvelles du recueil Janua Vera. Cette fois-ci, c’est dans un roman de près de 700 pages que l’assassin professionnel […]

Un commentaire ?