Gagner la guerre

Par Le Mamelouk

Couverture de Gagner la guerre (édition Les moutons électriques) Benvenuto Gesufal, vous vous souvenez ? Nous avions suivi son entrée au sein de la Guilde des Chuchoteurs, dans une des nouvelles du recueil Janua Vera. Cette fois-ci, c’est dans un roman de près de 700 pages que l’assassin professionnel va nous conter ses mésaventures dans le Vieux Royaume. Dans Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski, vous découvrirez qu’il ne fait pas bon être reconnu dans le milieu des fines lames louées au plus offrant.

La flotte de la République de Ciudalia vient d’écraser celle du Chah Eurymaxas, Souverain de Ressine. Une galère est envoyée annoncer la bonne nouvelle à Ciudalia, avec à son bord Don Benvenuto, qui travaille désormais pour le Podestat Leonide Ducatore. Ce dernier l’a chargé d’une mission secrète, qui ne sera pas de tout repos pour notre narrateur passé maître dans l’art du couteau…

Prétendre que jouer le rôle du maître espion du Premier Magistrat de la République n’est pas de tout repos est un euphémisme : disons plutôt que ça réduit considérablement l’espérance de vie. Don Benvenuto va d’ailleurs en avoir pour ses frais et en gardera quelques séquelles. Mais pour qui se bat-il réellement ? Pour l’argent ? La gloire ? Sa ville bien aimée ? Par admiration, ou par crainte du Podestat ? Benvenuto ne le sait peut-être pas lui-même, et c’est l’une des choses qui fait tout le piquant de son histoire.

Mais Gagner la guerre n’est pas qu’un simple récit d’aventure : à travers la volonté de gouverner le Royaume et la ville de Ciudalia —qui nous rappelle les villes italiennes du XVe siècle—, ce sont toutes les intrigues pour le pouvoir que nous découvrons grâce à Gesufal, homme de main du plus puissant personnage de la République. Pots de vin, traîtrises, assassinats, alliances secrètes, J.-P. Jaworski nous livre un récit captivant, haletant, ou notre narrateur, de par sa position dangereuse, n’est à l’abri nulle part et doit se méfier de tout le monde.

Couverture de Gagner la guerre (édition Folio SF) L’auteur nous plonge tantôt dans une ambiance de Renaissance à travers les rues et la vie à Ciudalia, tantôt dans la crasse boueuse de villes fortifiées moyen-âgeuses, avec un style à la fois pointu et fluide, un vocabulaire précis et remarquable.

Bref, c’est superbement bien écrit, à la fois beau et violent, et malgré un passage qui m’a fait craindre le pire en me rappelant de la mauvaise fantasy (j’aurais auparavant appelé ça un pléonasme), ce bouquin m’aura tenu en haleine jusqu’au bout. Ce pavé dans une main, le dico dans l’autre, en voilà de la bonne séance de muscu’.

Au passage, cette guilde d’assassins, cette ville rappelant la Renaissance italienne, ça m’a donné très envie de découvrir Assassin’s Creed 2. D’après moi, si vous avez aimé son univers, vous ne regretterez pas la lecture de ce livre. Sauf si vous y avez joué sur console, ce qui voudrait dire que vous n’avez pas le niveau intellectuel pour.

Prix Imaginales 2009, parce qu’il faut le dire. Roman de Fantasy français et diablement bon, parce qu’il faut le dire aussi.

Gagner la guerre, de Jean-Philippe Jaworski (2009)
688 pages – 28€
aux édition les moutons électriques
Illustration de couverture d’Arnaut Cremet

(ou en format poche chez Folio SF
992 pages – 12,00 €)

Ce fut ainsi, par la petite porte, que je m’introduisis dans la famille du Podestat. (Don Benvenuto)

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