Le Grand Livre

Par Le Mamelouk

Couverture de Le Grand livre

Hélas, il n’est pas suffisamment grand pour attraper ce pot de Nutella placé hors de portée par votre mère qui vous trouve définitivement trop gros, mais pas de panique ! vous pourrez toujours l’emporter avec vous dans votre sac à dos Pucca.

Avant Sans parler du chien, une petite perle se déroulant dans le même univers, Connie Willis avait déjà exploré le voyage temporel à but historique dans Le Grand Livre, publié en 1992 et plusieurs fois récompensé.

 

Le Moyen-Âge, vous trouvez ça cool ? Les chevaliers en armure, les châteaux forts, les princesses dans les donjons, les trolls —euh non, pas les trolls—, les joutes, et surtout, surtout, des festins où vous pouvez manger avec les mains et vous essuyer dans la nappe sans rencontrer le regard désapprobateur de la maîtresse de maison. Tout ça c’est bien joli, mais la vie à cette époque n’était pas à proprement parler un conte de fée. Les gens ne se lavaient pas, on vidait ses ordures et son pot d’aisance dans les rues, on vivait au milieu des rats, et on pouvait se targuer d’avoir vécu longtemps lorsque l’on atteignait les 35 ans, en ayant eu la chance d’échapper à la peste.

La peste, l’un des grands fléaux du XIVe siècle, est au centre de ce livre (non non, vous n’allez pas tomber malade en tournant les pages, je veux dire que c’est le thème principal du bouquin). Reprenons toutefois les choses dans l’ordre.

Nous sommes à Oxford, en 2054. Le voyage dans le temps a été découvert et est utilisé par les historiens pour recueillir des informations de différentes époques en s’y rendant eux-mêmes. (Si vous souhaitez plus d’informations sur le concept de voyage temporel d’après Connie Willis, je vous invite à lire l’article de Sans parler du chien, dans lequel je développe ce thème et apporte plus d’explications.)

Kivrin, une jeune étudiante à l’université d’Oxford, souhaite se rendre au Moyen-Âge pour en apprendre plus sur les mœurs de l’époque, dont on ne possède que peu d’informations. Dunworthy, historien et professeur à l’université, est fermement opposé à cette expérience, affirmant que cette époque est trop dangereuse pour une étudiante, et qu’ils manquent d’informations pour réaliser un transfert sûr. Le directeur d’étude de la jeune femme et remplaçant temporaire du doyen, Gilchrist, n’est pourtant pas de cet avis et décide de superviser son voyage.
Le jour J, Kivrin est parée : vaccinée contre toutes les épidémies possibles, système immunitaire renforcé, vêtements d’époque, connaissance des langues anciennes, elle est envoyée en 1320, une vingtaine d’années avant l’arrivée de la peste dans le pays, pour plus de sécurité. Mais à peine le transfert effectué qu’une épidémie d’origine inconnue s’abat sur l’université et ses habitants, plaçant la ville en quarantaine. Kivrin se retrouve bloquée au XIVe siècle ; est-elle parvenue à intégrer la population locale, ou bien s’est-elle fait violer dans un bois par des brigands ? A-t-elle été contaminée par l’épidémie juste avant de faire le saut ? Le Moyen-Âge, finalement, c’est classe ou c’est pas classe ?

Couverture de Le Grand livre (ancienne)

Oubliée la belle époque Victorienne et l’humour anglais de Sans parler du chien, place à la crasse et au drame. Kivrin va apprendre à ses dépens que les livres d’Histoire, faute d’informations, présentent souvent une version édulcorée de la vraie vie véridique d’une véracité véritable. Tout ne sera pas rose pour elle, mais plutôt noir, voire bleu…

Connie Willis alterne constamment son récit entre les deux époques ; nous suivront tantôt Kivrin, tantôt le professeur Dunworthy qui n’est pas mieux loti que l’étudiante : en pleine quarantaine, faisant des pieds et des mains pour tenter de faire revenir Kivrin, sollicité de toute part pour interroger des malades, gérer une pénurie de papier toilette et Jean passe (coucou Jean !)

Le ton du récit est différent selon l’époque. Dans l’Oxford contemporain (enfin à peu près), le rythme est soutenu, aucun temps mort, à l’image de l’emploi du temps de Dunworthy. Tout comme lui, le lecteur n’a pas le temps de respirer et le récit en devient presque fouillis par moment, entre toutes les conversations et les échanges téléphoniques qui laissent à bout de souffle.
Du côté de Kivrin, le récit est plus posé, et beaucoup plus dramatique, malgré quelques petites touches d’humour présentes tout au long du livre. Cependant, malgré le rythme incessant, nous avons parfois l’impression de piétiner, de faire du sur place dans l’intrigue alors que le monde fourmille autour des personnages.

Malgré ce petit défaut, Le Grand Livre reste une lecture très agréable et riche en émotions, qui nous montre un Moyen-Âge comme nous n’avons pas l’habitude de le voir, sans preux chevaliers aux armures étincelantes et sans bataille épique, mais où la vie était difficile pour tout le monde, quelque soit sa classe sociale.
Connie Willis nous replongera dans ce même univers 5 ans plus tard avec encore plus de talent dans Sans parler du chien, que je vous invite aussi à découvrir (et qui lui aussi aura raflé le prix Hugo et le prix Locus, en 1999 cette fois-ci).

 
Prix Nébula du meilleur roman 1992
Prix Hugo du meilleur roman 1993
Prix Locus du meilleur roman de science-fiction 1993

Titre original : Doomsday book (1992)
Éditions J’ai Lu (poche), je sais plus combien de pages mais pas mal quand même, 8.90€

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20 réponses à “Le Grand Livre”

  1. #1

    BuzzerMan dit :

    C’est quand même étrange d’avoir traduit « Le livre de la Fin du Monde » par « Le Grand Livre », c’était vachement plus vendeur ! Plus américain peut-être aussi…
    En tout cas, ces deux livres font envies, il faut vraiment que je me mette à lire plus intensément et que je commence par finir Vurt…

  2. #2

    Le Mamelouk dit :

    Le titre original fait référence au Domesday Book, le Livre du Jugement Dernier en français, qui est en fait un grand inventaire datant du Moyen-Âge, et qui en fait une énorme source d’informations de l’époque (et qui sera utilisé par les personnages du livre afin de créer une « identité » crédible pour Kivrin, et ne pas attirer les soupçons).

    Peut-être qu’ils n’ont pas voulu garder la véritable traduction parce qu’elle évoquait plus la Bible qu’autre chose (c’est pas un super plan marketing, ça), je ne sais pas.

  3. #3

    seima dit :

    Ca m’a l’air bien intéressant tout cela 🙂

  4. #4

    BuzzerMan dit :

    Carrément !

    Oui ça devient plus cohérent l’histoire du titre, mon manque de culture me joue des tours…

  5. #5

    BuzzerMan dit :

    Je l’ai lu il y a déjà semaines et je me suis vraiment régalé !
    Au début, voyant que j’enchainais les pages et que je trouvais que l’action piétinait, je me suis dit « Oh non, ça va être mou et moyen », surtout dans le récit Moyen-Âge. Et pouf, on change d’époque et tout s’accélère ! La différence entre les deux récits dont tu parles, surtout sur le rythme est bluffante. Et finalement, j’ai dévoré la fin !
    C’était vraiment un très bon livre, merci pour la découverte ! Je vais me pencher avec attention sur les autres romans de son auteur.

  6. #6

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  11. #11

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    These last three books in the Spiderwick Chronicles, Lu81nda&#c2i7;s Secret, The Ironwood Tree, and The Wrath of Mulgarath, by Holly Black, aren’t really quite complete books. Although there was an overarching story that was fairly obvious, books 1 and 2 held their own as individual books, containing everything a book needs. Not so with the last three in the series. Each of them has a plot, but the beginning is in book 3, the middle in book 4, and the end in book 5. As such, I’m reviewing them all together. (Reviews of books 1 and 2 are found here and here.

  12. #12

    Happy dit :

    nii armas, mulle meeldivad eriti need pildid kus suurem laps ka peal on, seal väljendub see katuaodoaud väikevenna lõpuks kohale jõudmise rõõm vms…

  13. #13

    Alex dit :

    Y &#9o;1d1nde se han puesto el límite?, porque esto tiene pinta de ser un no parar. El PPSOE ¿sabe que significa la palabra obrero?, la de socialista la tienen ya muy olvidada.

  14. #14

    Bubby dit :

    Merci be;cuoup.C&rsquoaest vrai que beaucoup pense que la macro est très facile.Mais il y a une nuance entre faire la photo d’un insecte, et réussir une belle photo d’insecte ^^

  15. #15

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  16. #16

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  17. #17

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    eira. Como eram “boas” aquelas segundas-feiras.Essa festinha chamada “Xilak” não chegava nem perto do Rally. Os detalhes daquela verdadeira zoação ao ar livre (e na água, e no banhado, e nas cinzas…) estão vivos na memória de quem viveu aqueles tempos “muito loucos, mas completamente felizes”.Era quase um Woodstock de primeira, e não quase uma Oktoberfest de segunda. Nem “alemão” era, o coitado!, mas como disse o Tranqueira (quando estava na garupa de uma Barra Circular andando muita rápida): “Desfreia…”.

  18. #18

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