Pollen

Par BuzzerMan

Couverture de Pollen Pour continuer dans la lignée de nos articles concernant les romans de Jeff Noon, je vous propose de parler de Pollen, paru initialement en 1996 qui a traversé la Manche seulement en 2006 grâce à La Volte. Visuellement, on retrouve une couverture réalisée par Corinne Billon, assez proche dans l’idée de ses autres travaux sur cet auteur, nébuleuse et précisant quel va être le principal sujet de ce roman : les fleurs.

Dans un futur lointain, très lointain (voire un univers parallèle), Sybil Jones est inspectrice de police dans une version fortifiée de Manchester. Lorsque Coyote, chauffeur chien de taxi indépendant, est retrouvé mort avec une fleur ayant pris racine dans sa gorge, la ville commence à s’embraser en grognant contre l’incapacité à protéger la communauté canine. Sybil est mise sur l’enquête qui semble bien plus épineuse qu’un simple canicide.
Boda, chauffeuse de la compagnie majeure de taxi et ex-future conquête de Coyote est particulièrement marquée par sa mort et semble en savoir un peu trop, elle va elle-aussi mener son enquête concernant la mort de son amant. Un second point commun la rapproche de Sybil : les deux femmes ont une grande part d’ombre en elles et ne peuvent pas rêver, c’est-à-dire utiliser les plumes qui permettent d’accéder aux mondes du rêve, les privant ainsi de tout un pan de la culture actuelle.
Parallèlement à ce meurtre, le printemps amène une quantité incroyable de particules végétales à travers la ville, entraînant une vague de rhumes des foins qui devient vite un problème de santé publique, permettant à l’auteur de nous gratifier de quelques lignes d’éternuements.

Comme Le Mamelouk avant moi, je vais avoir du mal à vous parler de ce roman, mais avant d’évoquer les soucis que j’ai eu durant la lecture, précisons les points les plus agréables. C’est un vrai plaisir de retrouver les thèmes évoqués dans Vurt et qui semblent chers à l’auteur : les plumes, citées précédemment et permettant d’accéder à un nouveau mode de divertissement, sont très présentes dans ce roman, pas sous la forme de drogues recherchées comme le passage obligé vers l’éclate (!), mais comme une frustration pour les deux personnages centraux. On apprend qu’elles peuvent aussi être utilisées pour communiquer (j’ai cru comprendre que les flics les utilisent) et le monde auxquelles elles mènent risquent d’amener son lot de soucis supplémentaires.
L’autre aspect plus présent ici que dans le précédent livre, est le mélange des espèces. À travers l’escapade des Chevaliers du Speed, j’avais compris que l’humanité s’était ouverte à d’autres espèces et que des croisements entre hommes, chiens, robots, créatures vurts et on-ne-sait-quoi s’étaient opérés. On en saura plus sur comment cela s’est réalisé et ce qu’il en découle, notamment pourquoi Boda et Sybil ne peuvent accéder aux rêves.

Bien sûr, l’histoire ne se borne pas à ce que l’on avait déjà, l’auteur ajoute d’autres éléments pour décrire le monde. Par exemple, le fait que Manchester soit entourée d’une zone de quarantaine où certaines créature issues de croisements non désirables sont balancées et priées de s’y tenir. Ou la compagnie de taxi majoritaire dans laquelle chaque conducteur est relié aux autres à travers une carte plutôt mystérieuse…

Là survient mon principal problème : tous ces éléments sont apportés de manière assez confuse et, la lecture avançant, je me suis un peu retrouvé noyé dans trop de notions qui n’étaient pas claires. Je pense être passé à côté de certains points de l’intrigue qui devaient être révélés à travers ces notions, m’empêchant d’en profiter. C’est à mon avis, clairement voulu de la part de l’auteur et je me rappelle avoir ressenti le même égarement lors de ma première lecture de Neuromancer de Gibson, ce qui ne m’a pas empêché de le relire et d’en profiter au maximum. Je ne suis pas sûr d’avoir le courage de relire ce Pollen dans quelques années pour l’apprécier pleinement…

Cependant, je n’ai pas arrêté la lecture pour autant, le style de Jeff Noon est très agréable et même s’il m’a un peu perdu, je suis resté accroché à l’histoire jusqu’à la dernière page, mais j’aurais du mal à dire si ça se termine bien… Je recommande donc la lecture aux personnes ayant solidement apprécié le précédent roman de Jeff Noon (ceux qui ne l’ont pas lu peuvent passer leur chemin) et à qui un peu de confusion ne fait pas peur.

Pollen, de Jeff Noon (1996)
380 pages – 22€, éditions La Volte
23×17 cm
Traduit de l’anglais par Marc Voline
Illustration de couverture de Corinne Billon

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2 réponses à “Pollen”

  1. #1

    Le Mamelouk dit :

    J’aime définitivement beaucoup le style de Jeff Noon. Et même si, comme tu le fais remarquer, son récit est parfois confus ou difficile d’accès, il n’en reste pas moins qu’il s’en dégage une ambiance que j’aurais du mal à qualifier (noonesque ?), et qui me fait réellement apprécier ses bouquins.

    Je n’ai pas forcément compris tout ce qui se passe au fil de l’intrigue, encore plus dans ce livre que dans les autres, entre les taxis, les plantes, le Vurt, qui nous font poser beaucoup de questions qui ne trouveront pas nécessairement de réponses à la fin. Toutefois, en plus du fait que ce ne soit pas la première fois qu’un bouquin me dépasse complètement, je commence à en avoir l’habitude, l’univers de son Manchester halluciné rattrape facilement les zones d’ombres, ainsi que les explications des différentes races (une explication des zombies pour le moins originale !), les références aux personnages du roman précédent (j’aime beaucoup), le style d’écriture de l’auteur qui va de pair avec son univers « cyberpunk onirique » comme tu l’as élégamment qualifié.

    J’ai surtout un excellent souvenir de la fin, un peu décalée et finalement d’un ton un peu différent du reste du roman, avec ce « dîner » et ces personnages étranges. Je ne pouvais m’empêcher de me faire une représentation visuelle de ces dernières scènes et d’imaginer le tout comme si je le voyais à l’écran (sans doute grâce à le puissance visuelle qui s’en dégageait, mais mes souvenirs commencent à dater quelque peu…)

    Et puis j’ai brûlé un cierge et j’ai prié pour que jamais au grand jamais quelqu’un essaye d’adapter ça au cinéma.

    Ça m’embête toujours un peu de ne pas piger grand chose à un film ou un livre, mais si je suis conquis par l’univers et par le voyage offert, au final, qu’importe ?

    J’ai Nymphormation qui m’attends dans ma pile de bouquins, le dernier Jeff Noon disponible chez La Volte non chroniqué ici (j’essayerai de faire un article dessus !), en attendant un nouveau qui ne devrait pas tarder. Extrait d’un échange avec les responsables des éditions La Volte disponible sur le forum d’actuSF :

    Mathias Echenay : « Prochain Noon à priori: NEEDLE IN THE GROOVE, mais cela prend du retard parce que nous le voudrions avec un cd de Noon et David Toop (un géant) et c’est compliqué mais alors compliqué.
    Si quelqu’un pouvait trouver un titre français, ce serait bien. »

    Lien de l’échange (très intéressant)

  2. #2

    BuzzerMan dit :

    Merci pour ton retour ! Je pense que mon impression vient aussi de la fin où j’étais complétement largué, sans pouvoir l’apprécier, ni m’en faire une quelconque représentation. Mais c’est vrai que pendant les deux premiers tiers du bouquin, j’ai été happé, c’est quand même ça le plus important !

    Normalement, ça ne me gène pas d’être un peu largué, je préfère limite ça à être guidé par la main (comme dans le Asimov/Silverberg que je lis actuellement). Là je l’ai été un peu trop, mais il faudrait peut-être que je retente l’expérience plus tard…

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